lundi 20 août 2012

Atlas référendaire du Bas-Saint-Laurent, 1980 et 1995

D'un référendum à l'autre sur la souveraineté, nous remarquons que chaque couche de l'électorat bas-laurentien s'est exprimée avec cohérence. C'est une page importante de notre histoire politique, un temps de grande mobilisation citoyenne, qui se trouve ici cartographiée. Nous nous appuyons en tout sur les Rapports des résultats officiels du Directeur général des élections du Québec (DGEQ). Finalement, nous ambitionnons que ce modeste document soit pour le public en général un prolongement de l'Atlas du Bas-Saint-Laurent (http://atlasbsl.uqar.ca).

Bonne exploration!


http://www.sneq.qc.ca/2011/06/06/atlas-referendaire-du-bas-saint-laurent-1980-et-1995/

mercredi 15 août 2012

Une défense du politique

Le tableau Le débat sur les langues: séance de l'Assemblée législative du Bas-Canada le 21 janvier 1793 de Charles Huot, inauguré en 1913, Salon bleu de l'Assemblée nationale du Québec.

Bien que nous soyons en période estivale, les médias nous informent qu'il devrait y avoir déclenchement d'élections générales par le premier ministre John James Charest d'ici l'automne. Son gouvernement - impopulaire, empêtré dans une crise sociale et éclaboussé par des allégations de corruption - est fort de sa clientèle traditionnelle: les «gens de bien» ($$$), les anglophones et les anglicisés pour qui chaque scrutin met en péril l'unité canadienne de même qu'une majorité de personnes aînées vulnérables. De son propre aveu, monsieur Charest compte faire campagne en jouant la stabilité (loi et ordre) contre la violence de la rue. Si le cynisme ambiant s'observe facilement, nous ne devrions pas pour autant balayer tous les partis politiques d'un revers de main(1).

Une médiation nécessaire

Les partis représentent un moment politique de la démocratie permettant «aux hommes et aux femmes, à travers la diversité des intérêts, des opinions et des passions qui les opposent, de s'organiser pour ordonnancer la société(2)». Mieux qu'un concours de personnalité, leur programme rend lisible le choix des électeurs. Ces «réducteurs et agrégateurs de pluralité(3)» donnent au Québec une voix. Le libéral Adélard Godbout accorda aux femmes le droit de vote en 1940 après l'avoir fait accepter à son parti. Seules dans leur lutte, les suffragettes auraient échoué encore une fois devant la vive opposition des évêques. En 1962, lors de la Révolution tranquille, Jean Lesage présida à la nationalisation des compagnies d'électricité après avoir reçu un mandat clair des Québécois. Nous devons la Charte de la langue française ou le déclubage au gouvernement Lévesque et le développement de la baie James à celui de Robert Bourassa. Ces exemples témoignent de l'importance des projets collectifs.

Avoir le courage de ses convictions en gardant à l'esprit que l'on vit en société. À ceux, légion, qui condamnent toute forme de partisanerie, je réponds que l'individu a besoin de s'identifier à un héritage de sens, partager une mémoire, sous peine de se retrouver nu et désemparé. La démocratie représentative n'existe pas dans le simple but de dépouiller le peuple de sa liberté de parole. À moins d'être un adepte de la théorie du complot, un parti doit, pour remporter et se maintenir au pouvoir, refléter au mieux la volonté générale. Nombre de formations politiques en lice convient les Québécois à un redressement national. Le désir d'émancipation est toujours vivant.

Rendre à César

Les affaires de la cité sont prenantes et conflictuelles, mais les éluder appauvrit notre espèce puisque l'homme est un «animal politique» (Aristote). Je suis l'auteure d'un texte qui suscita dernièrement quelques réactions: beaucoup d'émotions, peu d'arguments rationnels. Or, il est malaisé de discuter les goûts et les couleurs. Je souhaite que la raison éclaire les esprits intuitifs, sentimentalo-mystiques. Quand bien même une conseillère sortante m'enverrait des «énergies positives» (L'Avantage, 2 juillet) et affecterait de se soucier de «l'élévation de mon âme» (L'Information, 11 juillet http://www.hebdosregionaux.ca/est-du-quebec/2012/07/13/replique-de-kedina-fleury-samson), la modernité nous exhorte à débattre. S'il vous plaît, rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu(4)!

Je vois, à ma grande inquiétude, le Québec français régresser, abusé par ceux ayant «les deux mains sur le volant». Après quatre siècles sur les bords du Saint-Laurent, notre petite nation ne doit pas disparaître. Il faut durer dans nos moyens comme dans nos aspirations les plus légitimes. Votez, car c'est seulement ensemble que nous pouvons être maîtres chez nous.

Article paru sur le site Internet de L'Information, 20 juillet 2012.

Note et références
(1) Jean-Herman Guay, «Pour les partis politiques, rien ne va plus!», dans Miriam Fahmy dir., L'état du Québec 2012, Montréal, Boréal, 2012, p. 126-133. ISBN: 978-2-7646-2162-2.
(2) Joseph Yvon Thériault, «Politique et démocratie - Quand le remède pourrait tuer le patient», Le Devoir, 10 décembre 2011, [En ligne] http://www.ledevoir.com/politique/quebec/338070/politique-et-democratie-quand-le-remede-pourrait-tuer-le-patient (Page consultée le 30 juin 2016).
(3) Ibid.
(4) Matthieu 22 15-22, Marc 12 13-17 et Luc 20 20-26. «Cette citation sert [...] de source à un précepte fondateur de l'Église catholique et des premiers papes: la division entre pouvoir temporel (politique) qui appartient au chef de l'État et pouvoir spirituel (religieux et théologique) qui lui appartient au pape. (Wiktionnaire)»

Kédina Fleury-Samson? Qui m'aime me suive!

En 2011, dans le magazine L'actualité, Kédina Fleury-Samson s'exclame urbi et orbi,
c'est-à-dire à la ville et au monde: «Je suis une attraction touristique! (1
Photo: TC Media - Archives (L'Avantage, 5 mars 2015).

L'ambition individuelle est une passion enfantine.
 
CHARLES DE GAULLE

La journaliste Sonia Lévesque nous apprend la démission de la conseillère mont-jolienne Kédina Fleury-Samson dans L'Information du 27 juin 2012. Bien que je ne connaisse pas le personnage Fleury-Samson, je ressentis à la lecture de l'article un malaise. Je vous invite à le lire. D'autres textes, parus sous la plume de Roger Boudreau (L'Avantage, 19 juin) et Daniel Ménard (maregion.ca, 20 juin), confirmèrent mes appréhensions.

Madame Fleury-Samson n'a pas jugé bon d'aviser ses commettants avant son départ. Selon Roger Boudreau, sa démission fit l'effet d'une «bombe» en pleine séance du conseil le 18 juin. Nous ne voyons nulle part la gratitude due à une population qui lui a fait confiance depuis 2005(2). Le seul moment où elle fait référence à la mobilisation de ses concitoyens - fluoration de l'eau et Château Landry - c'est en des termes négatifs: «Comme si la ville ne reposait que sur ces deux dossiers». En matière d'égocentrisme, versons ces deux pièces d'anthologie au dossier: «Je suis toujours animée par la volonté de construire la société dans laquelle je vis, et je souhaite le faire dans un environnement qui favorisera mon dynamisme, mon originalité et ma détermination [...] Je ne me réalise pas actuellement dans l'environnement dans lequel je suis, et attendre pour éviter une élection et des coûts à la Ville de Mont-Joli, je ne trouve pas ça juste». Me, myself and I, que dire de plus! Je puis ajouter qu'elle se sent engagée. Elle a raison, mais pas là où elle pense. En effet, lorsqu'elle parle de sa personne, le vocabulaire est riche et abondant (49 mots dont 20 «je»). Son ancienne fonction mérite environ 28 mots et la communauté de laquelle elle reçut un mandat, trois. J'ai bien dit 3 ... Oups!

Ces quelques remarques ne seraient pas bien vilaines s'il n'y avait autre chose. Or, on apprend que Kédina Fleury-Samson songe à faire don de son auguste personne à la province. Comme madame est indépendante de nature, c'est aux partis politiques de la suivre et non l'inverse: «J'aimerais bien que les partis marginaux comme Québec Solidaire ou Option Nationale [elle mentionne ailleurs le Parti vert] appuient ma candidature, si tel était le cas». En outre, elle s'engage «à solliciter et trouver une candidature, féminine, intègre» à son image pour la remplacer à la table du conseil. Je croyais naïvement que c'était au peuple de désigner les élus! En de telles circonstances, on imagine aisément que son successeur lui en devra toute une... Les contractants véreux avec leurs enveloppes brunes peuvent en prendre de la graine.

Quand bien même nous informerait-elle de l'avancement de ses études de maîtrise, la philosophie de madame Fleury-Samson semble tenir à cette phrase toute simple: «Qui m'aime me suive!» En se retirant temporairement de la vie publique, cette jeune politicienne ambitieuse aurait intérêt à méditer, à troquer son JE démesuré, dangereusement expansif, pour un NOUS. Qu'elle soit une intrépide Québécoise, Mont-Jolienne ou Haïtienne si cela fait son bonheur et le nôtre, mais son nombril, ses épanchements, ne nous regardent pas.

Article paru dans l'hebdomadaire L'Information de Mont-Joli le 11 juillet 2012 à la page 6.

Notes:
(1) Pierre Cayouette et Marco Fortier, «Par ici la relève!», L'actualité, 21 novembre 2011 [En ligne] www.lactualite.com/actualites/politique/par-ici-la-releve/ (Page consultée le 20 juillet 2015).
(2) Vérification faite, elle remporta le quartier Saint-Jean-Baptiste à sa troisième tentative lors de l'élection partielle du 12 février 2006. Elle recueillit alors 79 voix sur 219 (36% des suffrages). Un projet d'accès à l'égalité du Centre Femmes de La Mitis contribua à sa victoire (http://www.la-vie-rurale.ca/contenu/3276).

Lecture conseillée:
Kédina Fleury-Samson nie faire de la magie vaudou (31 août 2015)

mercredi 1 août 2012

L'heure des choix (Mommy Daddy)

Le fait de naître et de vivre au quotidien sur le rebord sud de l'estuaire - ou ailleurs au Québec - ne saurait donner à quiconque la science infuse de ses origines et des projets d'avenir. Branchée à un monde aseptisé, la génération montante doit faire ses classes et découvrir que le Bas-du-fleuve est une pépinière de créateurs passionnés et inspirants. Pittoresque est ce coin de pays, plus vaste que la Wallonie, où la mer invite à la rêverie, à la méditation et à l'errance alors que le plateau appalachien renvoie aux luttes incessantes pour la survie.

L'école fermera en juillet

A contrario, (raisonnement qui, partant d'hypothèses opposées, aboutit à des conclusions opposées), le piège de la rectitude politique se referme quand l'ineffable gouvernement Charest sert à tous nos enfants dès le primaire le vieux projet de Lord Durham sous les applaudissements des parents. Pourquoi cette course au bilinguisme parfait quand on sait déjà que la grande majorité d'entre eux auront à habiter le Québec de demain? À cet effet, soulignons que le programme d'anglais intensif instauré à Saint-Charles-Garnier ne parvient pas à donner un second souffle à l'école Euclide-Fournier qui fermera officiellement le 1er juillet prochain. Détrompez-vous, l'anglais sans accent de nos jeunes ne fera pas d'eux de meilleurs ambassadeurs du Québec à l'étranger, mais simplement des individus plus mobiles sur le marché, plus aptes à être ailleurs et surtout nulle part, car si brader sa culture n'exige aucun talent, notre démission collective, elle, appauvrit la civilisation.

Bref, c'est une inquiétude légitime quant au devenir de nos identités régionales et nationales, une fois le réservoir de traditions épuisé, que je tenais à vous exposer. La crainte que nous nous infligions, par confort et indifférence postmodernes, un sort semblable à celui que nos aïeux - colons prolifiques de la Côte-du-Sud, de Québec et de Charlevoix - firent subir aux peuples autochtones. À moins que ce ne soit Ernest Renan qui ait raison: «L'essence d'une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses». Alors, que doit-il rester de nous au sein du village global?

«An English version is not available on request

Article paru dans Le Progrès-Écho, Rimouski, 3 juin 2012, p. 8.

Mommy Daddy, 1971

(Canada/Québec) Un traitement équilibré de l'histoire?

Deux nations se faisant la guerre au sein d'un même État.

JOHN GEORGE LAMBTON, COMTE DE DURHAM

La bataille de Hong Kong et le 70e anniversaire du plébiscite du 27 avril 1942: deux poids, deux mesures

Le Réseau de l'information de Radio-Canada (RDI) présenta aux «grands reportages» de 20 heures Pearl Harbor: les États-Unis en guerre (5 et 6 décembre 2011) et Les survivants de la bataille de Hong Kong (8 décembre), deux documentaires commémorant le 70e anniversaire de l'extension de la guerre dans le Pacifique. La Société Radio-Canada (SRC) souligna l'événement sur toutes ses plateformes.

Le second film retient notre attention. Financé avec empressement par le diffuseur public, réalisé en sept mois plutôt que l'année et demie habituelle(1), il fut produit par l'Agence Gaspa de Carleton-sur-Mer, qui a interrogé six vétérans gaspésiens de cet épisode méconnu, volontairement occulté par les autorités, de la Seconde Guerre mondiale.

Les ex-soldats rencontrés sont âgés aujourd'hui de 90 ans environ. Ils furent des quelque 2000 «hommes» - parfois des adolescents de 15-16 ans enrôlés sans vérification - inexpérimentés et embarqués dans le plus grand secret pour Hong Kong. Essentiellement anglophones, ils servirent Mother England dans une bataille perdue d'avance de l'aveu même des Britanniques. Plus du quart des forces canadiennes engagées périrent. Les autres subirent inutilement les atroces conditions de détention nippones durant trois ans et huit mois.

La mémoire comme champ de bataille

Quel intérêt y a-t-il à raconter une défaite canadienne? Nous savons que la haute direction de Radio-Canada (son PDG Hubert Lacroix notamment) souhaite que ses employés anglophones et francophones «travaillent ensemble»(2). Dans ce contexte, il importe peu que cette expédition ait été un échec. Il suffit que le diffuseur public imprime en nous l'idée que c'est «notre» histoire. La manoeuvre a pour but de rapprocher les deux solitudes. Quel est le problème? Dans la lutte antifasciste, les Canadiens français ont toujours eu le mauvais rôle: celui d'ignorants et de lâches. Rien n'est fait afin de présenter le point de vue québécois.

La pratique historienne est plus sérieuse. Elle doit comprendre la volonté des peuples en dehors des élites politico-médiatiques. Or, le Québec s'est prononcé sans équivoque en faveur du volontariat et contre la conscription. À l'instar d'autres petites nations, des pays latino-américains et des États-Unis jusqu'en décembre 1941, les Canadiens français désirèrent rester autant que possible à l'écart du conflit. Lors du plébiscite du 27 avril 1942, 71,2% des Québécois (85% des francophones) refusèrent de délier le gouvernement Mackenzie King de sa promesse faite d'abord aux Canadiens français de ne jamais recourir à la conscription pour service outre-mer. «Un vote de race», selon la formule de l'économiste François-Albert Angers. La mémoire collective québécoise se souvient - pour combien de temps encore avec la réforme scolaire? - que le reste du pays (ROC) finit par imposer sa vision. Le Québec se trouva de nouveau isolé. Si l'unité canadienne pâtit de cette crise, celle du Québec se raffermit(3).

Cultivateurs, ouvriers et notables, de droite comme de gauche, les Canadiens français furent des centaines de milliers à s'objecter à la contrainte, mais le premier ministre du Québec d'alors, Adélard Godbout, s'effaça devant Ottawa. La police militaire pourchassa et tua des «déserteurs». On interna le maire de Montréal, Camillien Houde. La propagande fédérale battit son plein avec un succès mitigé. Sans enlever quoi que ce soit au grand sacrifice des Canadians à Hong Kong, les anticonscriptionnistes - l'immense majorité des nôtres - auront-ils droit aussi à leur documentaire lors du 70e anniversaire du plébiscite? Si tel est le cas, nous devrions déjà le savoir. Le Service des Relations avec l'auditoire de la SRC n'offre aucune réponse. Le diffuseur public, loin de revenir sur son attitude partiale de 1942 qui nourrit le sentiment d'aliénation du Québec(4), préférera-t-il nous informer ce jour-là d'un banal fait divers survenu à Moose Jaw?

Références
(1) Gagné, Gilles, «Documentaire sur la bataille de Hong Kong: six vétérans gaspésiens se souviennent», Le Soleil, 8 décembre 2011 [En ligne] www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/les-regions/201112/07/01-4475650-documentaire-sur-la-bataille-de-hong-kong-six-veterans-gaspesiens-se-souviennent.php (Page consultée le 14 octobre 2015).
(2) Lisée, Jean-François, «Remous à Rad-Can: La société d'État, c'est moi!», L'actualité.com, 1er mars 2012,  [En ligne] http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/remous-a-rad-can-la-societe-detat-cest-moi/11954/ (Page consultée le 24 avril 2012)
(3) Laurendeau, André, La crise de la conscription 1942, Montréal, Éditions du Jour, 1962, 157 p.


Un classique pour comprendre les Canadiens français lors du plébiscite.
(4) Canuel, Alain, «La censure en temps de guerre: Radio-Canada et le plébiscite de 1942», Revue d'histoire de l'Amérique française, volume 52, numéro 2 (automne 1998), p. 217-242, [En ligne] http://id.erudit.org/iderudit/005347ar (Page consultée le 24 avril 2012).

Article paru sur la Tribune libre de Vigile le 27 avril 2012.

Manifestation anticonscriptionniste devant le Séminaire de Rimouski.

Source: Paul Larocque dir., Rimouski depuis ses originesRimouski, 
Société d'histoire du Bas-Saint-Laurent et la Société de généalogie et d'archives de Rimouski, en collaboration avec le Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional, de l'Est du Québec, 
2006, p. 225. ISBN: 2920270796.