jeudi 8 novembre 2012

L'évolution démographique dans l'Est du Québec: mythes et réalités

L'évolution démographique justifierait la disparition d'une autre circonscription fédérale dans l'Est du Québec. Comment se caractérise-t-elle? En remontant à 1,8 enfant par femme en âge de procréer, l'indice synthétique de fécondité (ISF) du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine reste en deçà du seuil de renouvellement des générations (2,1), mais sensiblement plus élevé que sur l'île de Montréal (1,5). Quant au solde migratoire interrégional, il est devenu stable dans l'Est, positif même dans la Péninsule, alors qu'il est négatif dans la métropole.

Le changement opère plutôt du fait que le Québec accueille environ 53 000 immigrants par année, soit le double d'il y a 30 ans. Étant donné que 87% d'entre eux s'installent dans la grande région de Montréal, ils contribuent largement à modifier la répartition de la population à notre désavantage. Rompre avec ce tabou nous permettrait de questionner notre faible attractivité, l'échec (utopie?) de la régionalisation de l'immigration. Que de poudre aux yeux lorsque la tête d'affiche de la diversité (interculturalisme) en région, Boucar Diouf, finit par s'établir comme tant d'autres à Montréal. L'envie est forte de s'écrier: «show de boucane, Diouf!»

L'examen des derniers recensements de Statistique Canada révèle aussi que nos régions vieillissent deux fois plus vite que la moyenne québécoise. Quatre décennies de sous-fécondité se paient cher. L'âge médian des femmes se situe maintenant à 48-49 ans, pour atteindre un respectable 56,7 ans à Trois-Pistoles. Ainsi, les Pistoloises se souviennent d'Expo 67 alors que la plupart des Africaines n'étaient pas nées lors de la chute de l'URSS en décembre 1991. La majorité des femmes étant ménopausées, les effectifs de nos populations ne peuvent à l'évidence que décroître. Notre histoire n'a rien connu de tel depuis la «réduction» des Amérindiens. Considérant les excédents que les peuples du Sud dégagent, notamment en Haïti et en Afrique francophone, il doit et il y aura plus ou moins rapidement ce que l'Organisation des Nations unies (ONU) appelle une «migration de remplacement».

Quoi qu'en disent les observateurs du secteur immobilier [Le Courrier du Fleuve, 25 juillet 2012], Rimouski, Rivière-du-Loup et leurs dépendances (ex.: Saint-Anaclet ou Saint-Antonin) ne constituent que deux îlots vieillissant de croissance modeste, inférieure à la moyenne québécoise, au sein d'un environnement dévitalisé. La quantité et la qualité des services de proximité en milieu rural périclitent. On meurt désormais plus souvent que l'on naît. Selon l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), la Gaspésie - Îles-de-la-Madeleine compta 789 naissances et 1032 décès en 2011. Vous comprendrez alors pourquoi j'accueille avec scepticisme les propos de Dominique Morin. Figurez-vous que ce jeune sociologue - parachuté au Bas-Saint-Laurent comme la quasi-totalité des professeurs embauchés dans les sciences de l'homme à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) depuis dix ans - annonce sur toutes les tribunes (Acfas, musée régional, journaux) que nous vivrions une «nouvelle dynamique de croissance»!

J'aimerais y croire, mais ce raisonnement, pour le moins hâtif, jure trop avec les faits, la tendance lourde. Il me semble voué davantage à garnir le curriculum vitae de son auteur qu'à vraiment nous informer, car à moins de céder au jovialisme du débutant ou d'obéir à une conception postmoderne de nos communautés, nous ne pouvons qu'éprouver de la tristesse au contact d'une population incapable d'assurer sa reproduction. D'où vient ce «refus de la vie» (Pierre Chaunu)? Il ne s'agit certes pas de revenir en arrière. Hier encore, les femmes étaient réduites à la fonction procréative. Elles souffraient en silence de leur condition. Il faut simplement constater combien collectivement depuis quelques décennies nous avons perdu, pour reprendre la formule d'Ernest Renan, «la volonté de continuer à faire valoir [transmettre] l'héritage qu'on a reçu indivis». Finalement, je rappelle une réalité à ceux qui mettent des lunettes roses afin d'épater la galerie: les économies occidentales, à commencer par la nôtre, font face à une crise des retraites sans précédent.

Article paru dans Graffici.ca, 27 septembre 2012.

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