mardi 22 janvier 2013

À l'Est, rien de nouveau

Athènes est morte parce qu'Athènes voulait mourir. Les classes qui meurent, meurent de leur propre abandon, et les nations qui meurent, meurent d'abord de leur cancer intérieur. 

ANDRÉ MALRAUX, 1948

Ce texte d'opinion est une réponse à l'article «Pascal Bérubé bombe le torse de satisfaction» paru sur le site Internet du journal L'Avantage le 30 décembre 2012. Sa longueur s'explique par la nécessité d'étayer la preuve d'une documentation solide et par le fait que les politiciens visés jouissent de ressources énormes pour se faire valoir toute l'année. Ils bénéficient notamment d'un hagiographe: «La confiance règne: le politique et le journaliste échangeront sur d'autres sujets, certains confidentiels, très confidentiels, mais ceux-ci le resteront», affirme Roger Boudreau, journaliste à L'Avantage de Rimouski.

Les «bombeurs de torse» et «ti-namis»

Les souverainistes sont au pouvoir dans Rimouski-Mitis depuis 20 ans, soit au lendemain de l'échec de Meech. Le pays n'advenant pas, nos élus aménagent la gouvernance provinciale. Ils intériorisent la défaite. La lutte pour l'indépendance ainsi détournée, ils goûtent au confort du statu quo et s'encroûtent(1). Loin des yeux, loin du coeur. Avec le dépérissement de l'État et la dépolitisation, rien ne freine la «guerre de chacun contre chacun (Hobbes)». Pascal Bérubé fait croire qu'il «donne 5000$ à Centraide (L'Information, Mont-Joli, 2 janvier 2013, p. 3)» alors qu'il s'agit de fonds publics (Radio-Canada, 27 décembre 2012). Danielle Doyer se promena à l'étranger sur le bras des contribuables. Dénoncer les absences de Jean-Yves Roy était «très délicat» (TVA Nouvelles, 1 septembre 2010) pour Jean-François Fortin qui voulait éviter de compromettre son avancement dans «l'appareil du parti»: d'où ses silences complices. L'avenir appartient désormais aux «petits amis» qui bougent le moins et entretiennent le mieux des rapports incestueux avec les médias.

Jean-Yves Roy (2000-2010) est un beau cas de «député fantôme» (2).
L'ex-maire de Mont-Joli, Jean Bélanger, a fait une sortie en règle contre lui lors de son départ (Cliquez ici ).
Photo: Archives, Radio-Canada.ca

Le projet souverainiste devient entre leurs mains un hochet que l'on agite aux quatre ans pour récolter le suffrage des électeurs captifs. Jean-François Fortin associe même l'intérêt national à de la partisanerie (L'Information, 19 novembre 2012). Je le cite: «La souveraineté [du peuple québécois] n'est pas pour moi un but ultime à atteindre».

L'ex-enseignant en sciences politiques ne comprend pas que la disparition éventuelle de sa circonscription fédérale illustre le déclin politique du Québec. Souverainiste d'opérette et à gauche par mimétisme du consensus mou québécois, il préfère marcher main dans la main avec le NPD. Il fallait le voir indolent à Matane taire la question nationale devant les commissaires chargés de la refonte de la carte électorale (12 septembre 2012). Il manque passablement de crédibilité en dénonçant le «joug fédéral» de la «vraie plaie» qu'est Harper (19 novembre 2012), car il fait impasse sur le multiculturalisme canadian et touche un salaire annuel des Communes équivalent à celui des ministres de l'État québécois.

Irvin Pelletier soutient son gouvernement par la négative: «Le budget ne remet pas en question les quatre projets majeurs du comté (L'Avantage, 21 novembre 2012)». Il nous informe que le Parti québécois n'est pas une nuisance. C'est heureux! Mais encore?

Le Québec restera au sein du Canada coûte que coûte avec les libéraux et les caquistes au pouvoir. Plutôt que d'insister sur cette réalité, Irvin Pelletier, en entrevue sur les initiatives populaires, «dit non à un référendum des fédéralistes (3)». Qui parle d'un référendum fédéraliste?

Le Parti québécois est la première formation chez les francophones. Comme 99% des électeurs de Rimouski-Mitis sont francophones, il n'y a aucun mystère dans les cinq victoires de Danielle Doyer. C'est mathématique et la «passionaria de Matapédia» n'y est pour rien. Un Jean-Yves Roy (Bloc) faisait l'affaire! Elle aurait défendu notre région que l'on ne s'attendrait pas à moins de n'importe quel député. Députée d'arrière-ban, elle siégea 18 ans sans être à l'origine d'une quelconque législation importante. À preuve, elle est une illustre inconnue en dehors de la région.

Bien que l'inertie du système libéralo-péquiste assure son élection, Pascal Bérubé souffrait d'avoir des opposants. Personne ne lui résiste. Le «cheval fougueux» poussa sa collègue Danielle Doyer vers la sortie. Elle déclare: «J'ai besoin de respect et je n'en retrouve pas, là (cliquez ici) (4)». Il ouvrit les hostilités dès qu'il sut l'identité des candidats: «Mon adversaire du PLQ à [sic] été battu à l'élection de son propre village. Il sollicite maintenant l'appui des 44 autres municipalités! (Twitter, 26 juillet 2012) (5)». Égal à lui-même, ce politicien retors déterre en août 2012 le passé souverainiste (1995) du libéral et libéral du candidat caquiste. Celui qui «jeta la première pierre» se laissa courtiser par François Legault pas plus tard qu'en octobre 2011 (Journal de Québec, 11 octobre 2011)! Il «publicise» au moins quatre fois l'ouverture de son bureau à Mont-Joli: on promet un bureau (un article), on est élu et peut donner un bureau (un article), le bureau va bientôt ouvrir (un article) et le bureau est ouvert (un autre article!). Quatre articles pour une seule chose qui existait sous Danielle Doyer... Bachelier en éducation, notre «bombeur de torse» n'enseigna jamais et passa sa vie active à soigner ses relations à titre de coordonnateur (Site internet de l'Assemblée nationale).

Afin de garder son siège lors de la fusion des circonscriptions de Matane et de Matapédia,
la «bête politique» a visé sa collègue, Danielle Doyer, «à la jugulaire» (6).
Photo: La Presse canadienne, février 2012.
Assis à côté du NPD

Dans le deuxième tome De la démocratie en Amérique (1840), Alexis de Tocqueville (1805-1859) prédisait «le repli sur la sphère privée et l'abandon des affaires publiques». Rien n'est fait aujourd'hui afin de mobiliser les Québécois autour d'un projet collectif.

Sur les ondes de la défunte CFYX FM 93,3, Jean-François Fortin affirma (2011) ne pas agir en intellectuel avec ses électeurs. Comme si aimer les belles-lettres, l'histoire et tout ce qui meuble la vie de l'esprit étaient une tare. Il nivelle par le bas en croyant nous y trouver.

Il fait plutôt la démonstration que les idées ne se bousculent pas. Le Bloc n'a pas de programme et monsieur Fortin m'a assuré (Sainte-Flavie, 20 mars 2012) que cela devra attendre à 2015. D'ici là, il compte gagner l'opinion en attaquant le programme des autres (L'Information, 3 janvier 2013) et en offrant notamment à ceux qui cliquent «J'aime» sur sa page Facebook des billets pour The Lost Fingers (30 novembre 2012)! «Faire de la politique autrement» n'est dans sa bouche qu'un slogan. «Du pain et des jeux», disaient les Romains. En ce pays, il n'y a pas que les timbres qu'on achète et lèche!

«C'est debout que nous sommes grands» (Fortin, site Internet de L'Avantage, 23 juin 2012) et c'est assis à côté du néo-démocrate Guy Caron qu'il était à Matane (voir photo ci-dessous)! Que de phrases creuses alors que «le temps fuit irréparable (Virgile)»! Notre région fit, somme toute, honneur à son industrie forestière en élisant une quantité impressionnante de «bois mort».


Jean-François Fortin (à droite), un souverainiste à temps partiel.
Photo: Le Soleil, 13 septembre 2012 (Collaboration spéciale Johanne Fournier)


Tout juste bon à se faire prendre en photo pour la gazette et «téter» les votes du milieu communautaire, ils ne se virent jamais confier de «dossiers identitaires»: langue, éducation, culture, immigration, etc. Daniel Paillé avait annoncé son intention de ne pas briguer la chefferie du Bloc. Les bloquistes de Montréal l'ont prié de se raviser en voyant leur parti aller nulle part (La Presse.ca, 26 septembre 2011). Imaginez-vous un débat des chefs entre Harper, Mulcair et... Fortin?

Dans sa forme actuelle, la stabilité péquisto-bloquiste en région est carriérisme, immobolisme et médiocrité. Comme dans tout vieux régime, le bien commun perd ses droits. L'impuissance ne profite qu'à ceux qui nous parasitent. Ça commande d'agir. Il en va du salut public. Nous devrons tôt ou tard briser l'embâcle comme les Allemands de l'Est ont abattu leur mur. Les «petits amis» s'opposeront évidemment à leur remplacement, mais préparons dès aujourd'hui notre redressement.


La stagnation
À l'Est, rien de nouveau
Serait-ce un cliché de la terne députation souverainiste en poste dans Rimouski-Mitis depuis 1993?


Refuser la défaite

Vous l'aurez compris, je suis en colère. Quand on sait combien vivre en français en Amérique du Nord est un acte de résistance, il faut vraiment être un capitulard pour soutenir, comme Jean-François Fortin, que la question nationale n'est pas une «vraie affaire». C'est par elle que s'inscrit le rapport des Québécois à la politique depuis la Révolution tranquille. Que se passe-t-il lorsque le fil de notre histoire contemporaine se casse? Les temps de crise exigent au gouvernail audace et créativité: une direction capable de reconnaître les enjeux, transformer la multitude en peuple, mettre le peuple en mouvement et d'infléchir notre déliquescence. Or, il n'y a présentement sur les rangs que des politiciens de souper spaghetti, les «marchands du Temple».

Pourquoi nos élus ne se conduisent-ils pas en grands hommes politiques? Après tout, leurs noms resteraient dans l'Histoire comme De Gaulle, Churchill ou Roosevelt. Mais, il faut du sacrifice, du talent et une part de mystère. Lorsque Fortin et Bérubé s'épanchent dix fois par jour sur les réseaux sociaux, ils préfèrent la quotidienneté et le conformisme. En bout de ligne, ils cultivent la petitesse.

Nettoyer les écuries de Jean «Augias» Charest, abattre l'industrie de la corruption, ne suffit pas. Il faut des hommes et des femmes de caractère avec «une certaine idée du Québec». Désireux, à mon sens, d'assurer la pérennité de notre nation francophone. L'hypermodernité n'a d'yeux que pour l'éternelle adolescence. Nos dirigeants doivent au contraire s'extraire de la dictature de l'instant présent, de la gestion comptable, desséchée, du politique et formuler une pensée excédant les 140 caractères de Twitter. La grandeur s'appuie autant sur les forces vives en émergence, tout le secteur des «énergies vertes», que sur celle de l'enracinement. Nos écoles doivent cesser de fabriquer des «internatio-nuls». Certains jeunes sont si peu au contact de la vie québécoise qu'ils croient en avoir fait le tour à 17 ans! La télévision donne pour modèle des vedettes sans oeuvre, aussi techno-superficielles qu'anglo-conformistes. Ce n'est pas respecter la culture anglo-saxonne que de limiter la langue anglaise à sa fonction platement instrumentale, «walmartisée». Bref, l'ouverture sur le monde n'est pas là où la société de consommation la présente.

Il n'y en aura pas de facile. Plus la culture d'un homme est vaste, plus il voit la richesse des possibles contenues dans le présent. Le camp souverainiste compte des figures remarquables: des gens de conviction, fiers et un peu rêveurs pour qui l'affirmation du Québec est incompatible avec le maintien du cadre canadian. Il est tragique cependant qu'ils ne militent pas tous ensemble et que Rimouski-Mitis n'en ai aucun parmi ses élus.

Solange Charest (PQ-Rimouski, 1994-2007)
Apparemment méconnue, l'un de ses chefs, Lucien Bouchard, croyait qu'elle se prénommait «Yolande»!
Photo: IciRadio-Canada
Il est normal que tous ne partagent pas mes idées. Il est inacceptable, en revanche, que nos élus ne proposent aucune orientation à notre société. Nous n'allons nulle part avec ces gérants de places en garderie et billettistes de Lost Fingers.

«[D]ans l'indécision actuelle [,] la nation française d'Amérique a besoin d'une réelle saison des idées. (Joseph Yvon Thériault)»

Notes:
(1) Joseph Yvon Thériault, «Politique et démocratie au Québec: de l'émergence de la nation à la routinisation du souverainisme», Recherches sociographiques, vol. LII, no 1, 2011, p. 13-25.
(2) Nous pourrions soumettre une abondante documentation régionale et nationale au sujet des absences du bloquiste Jean-Yves Roy. Nous nous limiterons à indiquer aux lecteurs les articles suivants: «Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia. Une réélection qui déçoit», Radio-Canada.ca, 27 octobre 2008 (Page consultée le 17 juillet 2015) et Daniel Ménard, «Le maire de Mont-Joli heureux du départ de Jean-Yves Roy», Télévision de La Mitis, 20 septembre 2010 (Page consultée le 17 juillet 2015) sans oublier la citation suivante:
 Depuis qu'il a annoncé sa volonté de quitter la vie politique, il y a un an, plusieurs questionnent l'assiduité au travail du député. Même son chef le somme de se brancher rapidement.
Sur nos ondes la semaine dernière, Jean-Yves Roy déclarait à TVA Nouvelles que son absence dans la circonscription qu'il représente pouvait s'expliquer par ses présences à Ottawa.
Après vérification sur le site Web How'd they vote, qui compile le vote des parlementaires sur les différents projets de loi présentés à la Chambre des Communes, Jean-Yves Roy a été absent lors de 30 des 53 séances en sessions parlementaires («Duceppe rappelle à l'ordre l'un de ses députés», TVA Nouvelles, 1 septembre 2010).
(3) Alors que libéraux et caquistes ne feront jamais de référendum sur la souveraineté, Irvin Pelletier s'enlise comme un piètre orateur dans sa réponse: «Le député péquiste sortant de Rimouski, Irvin Pelletier, affirme que l'Assemblée nationale du Québec devrait dire non à une demande de référendum d'initiative populaire provenant des fédéralistes et oui à une demande similaire provenant de souverainistes.» Voir «Élection Québec 2012. Bas-Saint-Laurent: Irvin Pelletier dit non à un référendum des fédéralistes», Radio-Canada, 29 août 2012.
(4) Alexandre Robillard, «Danielle Doyer juge que Pascal Bérubé lui manque de respect en la poussant vers la sortie», La Presse canadienne/ Huffington Post Québec, 14 février 2012 [En ligne] quebec.huffingtonpost.ca/2012/02/14/doyer-critique-berube_n_1276309.html (Page consultée le 17 juillet 2015).
(5) Pascal Bérubé sur Twitter aux élections du 4 septembre 2012:

1er août 2012 [Bérubé] Elle n'habite pas la région. Mal vu ici [Geneviève Allard se présente sous la bannière d'Option nationale dans Matane-Matapédia]. 17 août 2012 [Bérubé] La loyauté du candidat de la CAQ dans Matane-Matapédia a fait l'objet d'un questionnement de son employeur hier.

Dans la catégorie «double langage et insulte à l'intelligence», le gazouillis gagnant est:
9 août 2012 [Bérubé] En campagne dans le village de mon adversaire du PLQ! Échange convivial avec lui. On se souhaite une bonne campagne! [Citoyenne] J'aime! [Citoyen] Content de voir que vous vous respectez messieurs! On ne voit pas ces situations aux nouvelles et redonne foi en politique [Citoyenne] Es-tu le seul sur les réseaux sociaux? [Bérubé] Je crois que oui dans le comté et aussi à faire véritablement campagne.
(6) Alexandre Robillard, «Le député de Matane Pascal Bérubé embauche un organisateur électoral chevronné du PQ», La Presse canadienne/ Huffington Post Québec, 13 février 2012 [En ligne] quebec.huffingtonpost.ca/2012/02/13/toujours-dans-lattente-_n_1274385.html (Page consultée le 18 juillet 2015).

1 commentaire:

  1. Bonjour,

    J'ai découvert ce matin l'existence de votre blog à partir de votre texte paru dans le journal L'Information.

    Bravo pour votre travail madame!

    P.A. Beaulieu
    Sainte-Anne-des-Monts

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